Alliance 2026 : US et UE face à la Chine sur les terres rares

54 nations, 30 milliards de dollars et l'initiative FORGE pour contrer la domination chinoise sur les terres rares (90% du raffinage). Défis et perspectives pour des chaînes indépendantes.

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La réunion ministérielle de février 2026 sur les minéraux critiques à Washington a marqué un tournant dans la lutte pour les terres rares. Avec 90 % du raffinage mondial contrôlé par la Chine, qui resserre ses restrictions sur le samarium, le gadolinium et d'autres éléments, les États-Unis et leurs alliés accélèrent la construction de chaînes d'approvisionnement alternatives. Organisée par le secrétaire d'État Marco Rubio et le vice-président JD Vance, elle a réuni 54 nations et la Commission européenne, aboutissant à 11 nouveaux accords bilatéraux et au lancement de l'initiative FORGE, soutenue par plus de 30 milliards de dollars de financements publics. Mais cet effort occidental peut-il réellement réduire la dépendance à Pékin en une décennie ?

La mainmise de la Chine

La domination chinoise résulte d'investissements stratégiques sur plusieurs décennies. Pékin contrôle 90 % du raffinage des terres rares, 80 % du tungstène et 60 % de l'antimoine. Plus de 80 % des entreprises européennes dépendent de la Chine pour ces matériaux essentiels aux systèmes de défense, véhicules électriques et électronique avancée. En avril 2025, la Chine a imposé des restrictions à l'exportation sur sept terres rares, étendues en octobre au matériel de traitement. Les taux d'approbation de licences pour les entreprises européennes sont tombés sous les 25 %, et les prix ont grimpé jusqu'à six fois. La stratégie chinoise repose sur une « dépendance gérée », avec des restrictions temporaires et réversibles. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE complique le paysage géopolitique.

La riposte occidentale : FORGE, Projet Vault et accords bilatéraux

FORGE : un nouveau cadre multilatéral

FORGE (Forum sur l'engagement géostratégique en matière de ressources) a été annoncé comme successeur du Partenariat pour la sécurité minérale. Présidé par la Corée du Sud, il vise à créer une zone préférentielle d'investissement et de commerce pour les minéraux critiques, avec des prix planchers coordonnés. L'initiative cherche à lier les accords bilatéraux en un système couvrant les deux tiers de l'économie mondiale.

Projet Vault et 30 milliards de dollars

Le gouvernement américain a mobilisé plus de 30 milliards de dollars en prêts et investissements. Projet Vault, une réserve stratégique nationale de 10 milliards de dollars soutenue par l'EXIM, vise à stocker des matériaux essentiels. Par ailleurs, cinq événements mondiaux sur les minéraux critiques ont été annoncés pour connecter les entreprises à des projets miniers.

Accords bilatéraux : 21 accords en cinq mois

Onze nouveaux accords ont été signés avec l'Argentine, les Îles Cook, l'Équateur, la Guinée, le Maroc, le Paraguay, le Pérou, les Philippines, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et l'Ouzbékistan, portant le total à 21 accords en cinq mois. Ces cadres incluent des engagements d'investissement conjoints et des transferts de technologie. La crise économique de 2025 a rendu certains pays en développement plus réceptifs aux offres occidentales.

L'effort parallèle de l'Europe

Le Règlement européen sur les matières premières critiques fixe des objectifs pour 2030 : 10 % des besoins annuels pour l'extraction, 40 % pour le traitement et 25 % pour le recyclage. Le plan d'action RESourceEU mobilise 3 milliards d'euros. Cependant, la pression est forte : la BCE a constaté que plus de 80 % des grandes entreprises européennes sont à moins de trois intermédiaires d'un producteur chinois de terres rares. Les experts en régulation de l'intelligence artificielle soulignent l'interdépendance des dépendances aux puces et aux terres rares.

Des chaînes indépendantes possibles ?

Le défi structurel

Reconstruire une capacité de traitement indépendante prend 20 à 30 ans. La Chine dispose d'une expertise accumulée, d'une énergie bon marché et tolère des coûts environnementaux inacceptables pour l'Occident. Lynas Rare Earths exploite la plus grande raffinerie hors de Chine, en Malaisie, avec une croissance de 53 % prévue en 2026. MP Materials a reçu 400 millions de dollars du Pentagone. Cependant, ces entreprises dépendent encore de la Chine pour certaines étapes. Des capacités intermédiaires émergent : Energy Fuels à White Mesa, Neo Performance Materials en Estonie, et Carester en France visent la fin 2026.

Une fenêtre de 12 à 18 mois

Les experts mettent en garde : si des alternatives crédibles ne sont pas établies d'ici fin 2027, la domination chinoise pourrait devenir structurellement ancrée. L'initiative Quad sur les minéraux critiques, lancée en juillet 2025 par l'Australie, l'Inde, le Japon et les États-Unis, représente un autre effort multilatéral, mais se heurte à des obstacles réglementaires et financiers.

Perspectives d'experts

« La Chine militarise le contrôle plutôt que la rareté », selon une analyse de Rare Earth Exchanges, qui propose trois stratégies : dépendance gérée, indépendance coûteuse ou modèle hybride. Le Atlantic Council note que FORGE représente un passage à l'engagement collaboratif, mais le magazine TIME souligne les tensions commerciales qui compliquent la coopération entre alliés.

FAQ

Que sont les terres rares et pourquoi sont-elles importantes ?

Ce sont 17 métaux essentiels pour les aimants permanents, moteurs de véhicules électriques, éoliennes et électronique. Ils sont abondants mais difficiles à extraire et traiter.

Quelle part la Chine contrôle-t-elle ?

Environ 90 % du raffinage mondial des terres rares, 80 % du tungstène et 60 % de l'antimoine, ainsi que 94 % de la production d'aimants.

Qu'est-ce que FORGE ?

FORGE (Forum sur l'engagement géostratégique en matière de ressources) est une initiative multilatérale dirigée par les États-Unis, annoncée en février 2026, visant à créer une zone préférentielle pour les minéraux critiques.

Peut-on réduire la dépendance à la Chine en une décennie ?

La plupart des experts jugent l'indépendance totale irréaliste à court terme. Un objectif réaliste est une approche hybride combinant investissements ciblés, partenariats diversifiés et technologies de recyclage.

Qu'est-ce que le Projet Vault ?

Une initiative publique-privée de 10 milliards de dollars soutenue par l'EXIM Bank pour créer une réserve stratégique de minéraux critiques.

Conclusion : un long chemin

Le sommet de 2026 représente une coordination occidentale sans précédent. Mais les avantages structurels de la Chine – décennies d'investissements, coûts bas, volonté de coercition économique – signifient que briser son emprise nécessitera un engagement soutenu sur des décennies. La voie la plus réaliste est hybride : réserves stratégiques, traitement domestique, partenariats internationaux et recyclage. La fenêtre se rétrécit, mais ce sommet pourrait être le tournant.

Sources

  • Département d'État américain, 'Conférence ministérielle 2026 sur les minéraux critiques,' 4 février 2026
  • Rare Earth Exchanges, 'Contrôle des exportations chinois redessine la chaîne d'approvisionnement,' 2026
  • Banque centrale européenne, Bulletin économique n°6/2025
  • Atlantic Council, 'La politique américaine des minéraux critiques devient collaborative avec FORGE,' février 2026
  • S&P Global, 'Les goulots d'étranglement des terres rares persisteront en 2026,' 27 janvier 2026
  • Commission européenne, 'Plan d'action RESourceEU,' décembre 2025
  • Bipartisan Policy Center, 'Projet Vault et FORGE,' 2026
  • Perkins Coie, 'Action présidentielle sur les semi-conducteurs et minéraux critiques,' janvier 2026

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