Le paysage mondial des minéraux critiques connaît un bouleversement en 2026 : des nations du Sud global, de l'Indonésie au Zimbabwe, ne se contentent plus d'être des fournisseurs passifs de lithium, cobalt, nickel et terres rares. Elles exigent désormais une transformation locale, une valorisation domestique et une part de revenus plus élevée avant d'accorder l'accès minier. Ce pivot stratégique redessine les chaînes d'approvisionnement énergétiques et force Washington et Pékin à rivaliser sur des termes de plus en plus dictés par les détenteurs de ressources.
Le Global Risks Report 2026 du Forum économique mondial classe la confrontation géoéconomique comme le premier risque mondial. Selon S&P Global et LSE, la bataille des minéraux critiques s'est déplacée vers les pays producteurs du Sud global, faisant de 2026 une année charnière.
Le modèle de valorisation du nickel indonésien fait école
L'Indonésie, premier producteur mondial de nickel (65% de l'offre), a interdit l'exportation de minerai brut et imposé une transformation locale. Depuis 2020, cette politique a attiré plus de 30 milliards de dollars d'investissements, principalement chinois. En 2026, la production devrait atteindre 2,9 millions de tonnes, en hausse de 11,9%. Cependant, la suroffre a fait chuter les prix, entraînant des droits antidumping de la Chine, de l'UE et des États-Unis. En réponse, l'Indonésie réintroduit des quotas de production et des tarifs douaniers de 10 à 35%. La politique indonésienne du nickel sert désormais de modèle pour d'autres pays.
La nationalisation du lithium chilien
Le Chili, détenteur des plus grandes réserves de lithium, mène une stratégie étatique où l'État est actionnaire majoritaire dans tous les nouveaux projets. Un premier contrat spécial (CEOL) a été signé entre Enami et Rio Tinto, et la coentreprise Codelco-SQM dans le Salar d'Atacama prévoit 3 milliards de dollars pour des technologies d'extraction directe. Cependant, cette approche repose sur des décrets présidentiels, la rendant vulnérable aux changements politiques. Les consultations indigènes et les garanties environnementales restent incomplètes. La stratégie chilienne du lithium attire l'attention, mais ses faiblesses de gouvernance persistent.
RDC et Zimbabwe : l'atout cobalt et lithium
La RDC, qui produit plus de 70% du cobalt mondial, a remplacé son interdiction d'exportation de huit mois par un système de quotas annuels. Pour 2026-2027, les limites sont fixées à 96 600 tonnes métriques par an, soit moins de la moitié de la production mondiale de 2024. Les prix du cobalt ont plus que doublé depuis l'interdiction. Le Zimbabwe, qui possède d'importants gisements de lithium, a levé son interdiction d'exportation en avril 2026 mais impose désormais des exigences strictes de transformation locale et d'obtention de permis. La levée de l'interdiction d'exportation du lithium zimbabwéen illustre comment les nations africaines deviennent des acteurs stratégiques.
La rivalité États-Unis-Chine pour les partenariats du Sud global
En février 2026, les États-Unis ont organisé la Conférence ministérielle sur les minéraux critiques, signant 11 nouveaux cadres bilatéraux avec des pays comme l'Argentine, le Maroc et les Philippines. Ils ont lancé le FORGE (Forum sur l'engagement géostratégique des ressources) et mobilisé plus de 30 milliards de dollars pour des projets stratégiques, dont le Project Vault (10 milliards pour une réserve nationale). La Chine, de son côté, contrôle plus de la moitié de la production mondiale, 87% des capacités de raffinage et près de 70% des terres rares. Le 15e Plan quinquennal prévoit qu'en 2035, la Chine fournira plus de 60% du lithium et du cobalt raffinés, 80% du graphite et des terres rares de qualité batterie, et 70% du manganèse. La rivalité États-Unis-Chine pour les minéraux critiques se joue de plus en plus au Sud global, où les nations riches en ressources jouent les deux camps.
Implications pour les chaînes d'approvisionnement
Les pays producteurs exigent désormais non seulement des redevances plus élevées, mais des écosystèmes industriels complets — raffineries, usines de batteries, transfert de technologie. Les consommateurs doivent offrir infrastructures, formation et partenariats à long terme. Les risques liés aux chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques se multiplient. Les entreprises adoptent des stratégies « Chine-plus-un », maintenant leurs opérations chinoises tout en s'étendant vers l'Asie du Sud-Est, l'Inde ou le Mexique.
Points de vue d'experts
Selon Hany Besada de LSE, « Les pays africains riches en ressources agissent de plus en plus comme des acteurs stratégiques, diversifiant leurs partenariats et tirant parti de leur richesse minérale pour une transformation industrielle plutôt qu'une simple extraction. » Malgré la richesse minérale de l'Afrique, le continent reste en bas de la chaîne de valeur — une dynamique que les nations productrices entendent changer.
FAQ
Qu'est-ce que le nationalisme des ressources dans les minéraux critiques ?
Le nationalisme des ressources désigne les politiques par lesquelles les pays riches en minéraux renforcent le contrôle de l'État : interdictions d'exportation, transformation locale obligatoire, hausse des redevances et prises de participation. Cette tendance s'accélère au Sud global en 2026.
Quels pays mènent ce mouvement ?
L'Indonésie (nickel), le Chili (lithium), la RDC (cobalt) et le Zimbabwe (lithium) sont en tête. Le Mexique, la Namibie et la Guinée sont également notables.
Comment les États-Unis répondent-ils à la domination chinoise ?
Les États-Unis multiplient les partenariats bilatéraux (11 nouveaux cadres en 2026), lancent le FORGE et mobilisent plus de 30 milliards de dollars pour des projets stratégiques, dont Project Vault.
Quels sont les risques pour les entreprises ?
Les entreprises font face à des contrôles à l'exportation, des droits de douane, des renégociations de contrats, des coûts de conformité ESG et des perturbations des chaînes d'approvisionnement. La stratégie « Chine-plus-un » devient la norme.
Le levier du Sud global va-t-il durer ?
À court terme, les producteurs ont gagné du pouvoir. Mais la durabilité dépend de la gouvernance, du climat d'investissement et du rythme des substitutions technologiques (batteries sans cobalt, aimants sans terres rares).
Conclusion
Le grand rééquilibrage des ressources de 2026 marque un tournant historique. Le Sud global n'est plus un fournisseur passif mais un acteur actif de la transition énergétique. Que cela mène à une transformation économique réelle ou à un nouveau cycle de conflit dépendra des politiques adoptées dans les années à venir.
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