Alors que les États-Unis, l'UE et la Chine intensifient leur rivalité sur les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques, les États du Golfe émergent comme une force décisive. L'Arabie saoudite et les EAU utilisent leurs fonds souverains et leur expertise des hydrocarbures pour passer du pétrole à l'influence minérale, avec des implications profondes pour la transition énergétique et la géopolitique.
Le Global Risks Report 2026 du WEF classe la confrontation géoéconomique comme le risque mondial le plus important. Dans ce contexte, la stratégie des États du Golfe en matière de minéraux critiques vise à obtenir une autonomie stratégique.
Arabie saoudite : Vision 2030 et boom minier
L'Arabie saoudite a révisé ses richesses minérales à 2 500 milliards $ et vise à faire de l'exploitation minière le troisième pilier de son économie. Le Royaume prévoit 100 milliards $ d'investissements d'ici 2035. La pièce maîtresse est Manara Minerals, une coentreprise PIF-Ma'aden qui acquiert des participations dans le cuivre, nickel, lithium et terres rares à l'échelle mondiale. Des licences ont été attribuées à Vedanta et Zijin Mining, et des négociations sont en cours avec quatre entreprises pour le traitement des terres rares. Un partenariat américano-saoudien inclut un financement de la Défense américaine pour une raffinerie.
Les EAU : fonds souverains intermédiaires
ADQ d'Abou Dhabi a lancé le consortium Orion CMC de 1,8 milliard $ avec la DFC américaine et Orion Resource Partners, ciblant lithium et terres rares. Mubadala a rejoint un consortium en mars 2026 pour la résilience des chaînes d'approvisionnement. La stratégie d'investissement des EAU dans les minéraux critiques inclut aussi une coentreprise de 1,2 milliard $ avec Orion pour le cuivre et le minerai de fer en Afrique, Asie et Amérique latine.
Implications géopolitiques
Selon l'IISS, les pays du Golfe rivalisent avec la Chine tout en se présentant comme partenaires fiables pour l'Occident. L'ODI identifie quatre dynamiques clés pour 2026 : financement américain, autonomie européenne, plan quinquennal chinois et émergence de puissances intermédiaires, dont les États du Golfe. Ce pivot comporte des risques : ils doivent équilibrer leurs liens avec la Chine et l'alignement occidental. La géopolitique des minéraux critiques du Golfe testera leur neutralité.
Points de vue d'experts
« Les États du Golfe se repositionnent comme des nœuds essentiels de la chaîne d'approvisionnement de la transition énergétique », selon Asna Wajid (IISS). Cauvery Ganapathy (ORF) note que Riyad se présente comme un hub neutre, contrastant avec l'armement des chaînes d'approvisionnement.
FAQ
Que sont les minéraux critiques?
Matières premières essentielles pour technologies vertes et défense (lithium, cobalt, nickel, cuivre, terres rares).
Pourquoi les États du Golfe investissent-ils?
Pour diversifier leurs économies, sécuriser les chaînes d'approvisionnement et gagner en influence dans la transition énergétique.
Combien investissent-ils?
Arabie saoudite : 100 milliards $ d'ici 2035. EAU : au moins 3 milliards $, avec des fonds pouvant atteindre 5 milliards $.
Qu'est-ce que Manara Minerals?
Coentreprise PIF-Ma'aden (2023) pour investir dans le cuivre, nickel, lithium et terres rares mondialement.
Comment cela affecte la Chine?
La Chine domine les terres rares. Les investissements du Golfe offrent des alternatives aux Occidentaux.
Conclusion
Le pivot des États du Golfe vers les minéraux critiques est l'un des réalignements les plus importants de la stratégie mondiale des ressources. En combinant richesse souveraine et flexibilité diplomatique, ils remodèlent le contrôle des minéraux du 21e siècle. Le succès dépendra de leur capacité à équilibrer les relations avec les grandes puissances et à éviter la malédiction des ressources.
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