Les mégaprojets de transport de l'UE en proie à des retards et dépassements de coûts

Les mégaprojets de transport de l'UE accusent en moyenne 17 ans de retard et 82% de dépassement de coûts, compromettant l'objectif RTE-T pour 2030. Rail Baltica coûte 291% de plus, Lyon-Turin 127%, seuls l'A1 roumaine et l'E59 polonaise montrent des améliorations.

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La vision européenne des transports déraillée par les retards et les coûts qui explosent

Un rapport accablant de la Cour des comptes européenne (CCE) a révélé que les plans ambitieux de l'Union européenne pour créer d'ici 2050 un réseau de transport fluide et durable à travers le continent sont gravement compromis par d'énormes retards et des dépassements de coûts dans des projets d'infrastructure clés. L'audit, qui couvre huit mégaprojets de transport majeurs, montre que l'échéance de 2030 fixée par l'UE pour achever son réseau central de transport 'sera sans aucun doute manquée' selon le gardien financier.

Le réseau RTE-T en crise

Le réseau transeuropéen de transport (RTE-T) constitue l'épine dorsale de l'infrastructure de transport de l'Europe, conçu pour relier le continent par le rail à grande vitesse, les routes modernes, les voies navigables et les aéroports. Le rapport de la CCE de janvier 2026 dresse cependant un tableau sombre : les huit projets contrôlés ont subi un retard moyen de 17 ans et des augmentations de coûts de 82 % en moyenne par rapport aux estimations initiales. 'Trois décennies après la conception de la plupart d'entre eux, nous sommes encore loin de couper le ruban de ces projets,' a déclaré Annemie Turtelboom, membre de la CCE.

Les projets couvrent 13 pays dont la Belgique, le Danemark, l'Allemagne, l'Estonie, la France et l'Italie, et ont reçu 15,3 milliards d'euros de financement de l'UE. Les retards sont attribués à une combinaison de défis techniques inattendus, de la pandémie de COVID-19 et de la guerre de la Russie contre l'Ukraine, qui ont perturbé les chaînes d'approvisionnement et fait grimper les coûts des matériaux.

Grands projets aux revers sérieux

Plusieurs projets phares sont confrontés à des problèmes particulièrement graves :

Rail Baltica : La ligne à grande vitesse reliant Tallinn, Riga, Kaunas et Varsovie a vu ses coûts augmenter de 291 % par rapport aux estimations initiales. Ce projet stratégique, crucial pour connecter les États baltes à l'Europe occidentale, est désormais confronté à des retards d'achèvement bien au-delà de 2030.

Ligne ferroviaire Lyon-Turin : Les coûts ont augmenté de 127 %, le projet devant désormais ouvrir en 2033 au lieu de l'objectif initial de 2015. Le projet a rencontré une opposition environnementale considérable, avec des manifestants dans le sud-est de la France mettant en garde contre les dommages écologiques et l'assèchement des sources.

Tunnel de base du Brenner : Ce tunnel entre Innsbruck, en Autriche, et le nord de l'Italie, destiné à déplacer le fret de la route vers le rail, coûtera désormais 40 % de plus que prévu initialement et n'ouvrira pas avant 2032 - soit 16 ans plus tard que l'objectif initial de 2016.

Liaison fixe du Fehmarnbelt : La liaison routière/ferroviaire entre le Danemark et l'Allemagne est confrontée à une augmentation des coûts de 52 % et est désormais prévue pour 2029, soit 11 ans plus tard que prévu, avec de possibles retards supplémentaires jusqu'en 2031.

Canal Seine-Nord Europe : Cette voie navigable reliant les pays du Benelux à la région parisienne a subi un dépassement de coûts stupéfiant de 225 %.

Deux lueurs d'espoir dans l'obscurité

Toutes les nouvelles ne sont pas mauvaises. Deux projets fonctionnent même mieux que prévu :

Autoroute A1 de Roumanie : Faisant partie du corridor Rhin-Danube, ce projet affiche une réduction des coûts de 11 % et pourrait être achevé avant l'échéance de 2030, créant une liaison directe entre Bucarest et la frontière hongroise.

Ligne ferroviaire E59 de Pologne : Les coûts ont diminué de 18 % pour ce projet du corridor mer Baltique-mer Adriatique, bien qu'aucune date d'ouverture estimée n'ait été fournie.

Défaillances de gouvernance et perspectives d'avenir

Le rapport de la CCE critique la Commission européenne pour ne pas avoir utilisé les instruments juridiques disponibles pour traiter les retards avec les États membres. 'Les perspectives en 2025 sont pires qu'en 2020, et sont loin de ce qui était initialement envisagé,' ont noté les auditeurs, mettant à jour leur évaluation d'il y a cinq ans.

Malgré ces défis, le règlement RTE-T de 2024 offre des instruments de surveillance plus solides pour les futurs projets. Les auditeurs ont exprimé l'espoir qu'une meilleure coordination entre les priorités nationales et européennes évitera des problèmes similaires dans les nouveaux mégaprojets. Pour la génération actuelle de projets d'infrastructure, l'Europe est cependant confrontée à la réalité d'une connectivité retardée et de milliards de coûts supplémentaires.

Alors que l'Europe s'efforce d'atteindre ses objectifs climatiques - le transport étant responsable de 25 % des émissions de l'UE - ces retards n'affectent pas seulement la croissance économique et le commerce, mais entravent également la transition vers des modes de transport plus durables.

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