Le 1er janvier 2026, la Banque populaire de Chine (PBOC) a lancé la première monnaie numérique de banque centrale (CBDC) rémunératrice au monde, transformant le yuan numérique (e-CNY) d'un substitut de monnaie en un instrument de dépôt. Avec des transactions cumulées dépassant 16,7 billions de yuans (2,3 billions de dollars) sur 3,48 milliards de transactions en novembre 2025, cette étape marque un tournant décisif dans la course mondiale aux CBDC. Cette décision rompt nettement avec les principes de conception occidentaux et positionne le yuan numérique comme une force concurrentielle dans le règlement du commerce transfrontalier, tandis que la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale restent prudentes.
Qu'est-ce que le yuan numérique rémunérateur chinois ?
Le cadre amélioré de l'e-CNY, annoncé le 29 décembre 2025 et effectif le 1er janvier 2026, reclassifie les soldes des portefeuilles de yuan numérique comme des passifs de dépôt. Les banques commerciales paient désormais des intérêts sur les portefeuilles vérifiés (catégories 1 à 3) aux taux des dépôts à vue, avec un règlement trimestriel. Les portefeuilles anonymes de catégorie 4 en sont exclus. Les soldes sont également couverts par le régime d'assurance des dépôts chinois, mettant le yuan numérique sur un pied d'égalité avec les dépôts bancaires traditionnels. La PBOC a intégré les opérations en yuan numérique dans son cadre de réserves obligatoires, les institutions de paiement non bancaires devant détenir 100 % de réserves sur les yuans numériques gérés.
Cette transition de M0 (monnaie numérique) à M1 (monnaie de dépôt numérique) ouvre de nouveaux cas d'utilisation, notamment les salaires, les subventions et les transactions de grande valeur. La stratégie de la PBOC pour le yuan numérique concurrence désormais directement les plateformes privées établies comme Alipay et WeChat Pay.
Pourquoi cela rompt avec l'orthodoxie occidentale des CBDC
Les banques centrales occidentales, dont la BCE et la Réserve fédérale, ont longtemps mis en garde contre les CBDC rémunératrices en raison des risques de désintermédiation bancaire. La Banque des règlements internationaux (BRI) a également mis en garde. La décision chinoise défie directement cette orthodoxie. Selon le rapport Forbes, cette mise à niveau donne à la PBOC un contrôle monétaire renforcé, lui permettant d'appliquer des taux d'intérêt négatifs ou positifs directement sur la monnaie numérique de détail, contournant les canaux bancaires traditionnels.
En revanche, le projet d'euro numérique de la BCE reste en phase préparatoire, avec un lancement possible au plus tôt en 2029. La Réserve fédérale n'a pas décidé si elle poursuivrait une CBDC américaine. La comparaison entre l'euro numérique et le yuan numérique souligne la divergence croissante entre l'Est et l'Ouest.
Impact sur le commerce transfrontalier et la domination du dollar
La Chine étend simultanément le projet mBridge, une plateforme multi-CBDC pour les paiements transfrontaliers impliquant les Émirats arabes unis, la Thaïlande, l'Arabie saoudite et Hong Kong. La plateforme a traité plus de 55,5 milliards de dollars de transactions, dont 95 % réglées en yuan numérique. Construite sur une technologie de registre distribué, mBridge permet un règlement instantané de pair à pair sans banques correspondantes, contournant les systèmes dominés par le dollar comme SWIFT. La dédollarisation via les CBDC s'accélère alors que les nations cherchent à obtenir une indépendance en matière d'infrastructure de paiement.
La course mondiale aux CBDC s'intensifie
Selon l'Atlantic Council CBDC Tracker, plus de 130 pays explorent désormais les CBDC, représentant plus de 98 % du PIB mondial. Chaque pays du G20, à l'exception des États-Unis, explore une CBDC, dont 18 à un stade avancé. Le développement de la course aux CBDC en 2026 montre un fossé Est-Ouest : la Chine est passée du pilote à la mise en œuvre à grande échelle, tandis que les économies occidentales restent en phase de recherche et de consultation.
Points de vue d'experts
"La décision de la PBOC de rendre le yuan numérique rémunérateur change la donne pour la conception des CBDC dans le monde entier", a déclaré un analyste cité dans le rapport Forbes. "Cela transforme l'e-CNY d'un simple outil de paiement en un véritable concurrent des dépôts bancaires, avec des implications profondes pour la transmission de la politique monétaire."
Questions fréquemment posées
Qu'est-ce que le yuan numérique chinois ?
Le yuan numérique (e-CNY) est une monnaie numérique de banque centrale émise par la PBOC. Depuis janvier 2026, c'est la première CBDC rémunératrice au monde.
Comment fonctionne le yuan numérique rémunérateur ?
Les banques commerciales paient des intérêts sur les portefeuilles vérifiés (catégories 1 à 3) selon les taux de dépôt en vigueur, réglés trimestriellement. Les portefeuilles anonymes (catégorie 4) ne rapportent pas d'intérêts.
Comment cela se compare-t-il à l'euro numérique ?
Le projet d'euro numérique de la BCE reste en phase préparatoire avec un lancement possible en 2029. La BCE s'est opposée aux CBDC rémunératrices, tandis que la Chine a adopté ce modèle.
Qu'est-ce que le projet mBridge ?
mBridge est une plateforme multi-CBDC pour les paiements transfrontaliers entre la Chine, Hong Kong, la Thaïlande, les EAU et l'Arabie saoudite. Elle a traité plus de 55,5 milliards de dollars de transactions.
Combien de pays explorent les CBDC ?
Plus de 130 pays explorent les CBDC, représentant plus de 98 % du PIB mondial. Chaque pays du G20, sauf les États-Unis, explore une CBDC.
Conclusion : Une nouvelle ère pour la monnaie numérique
Le yuan numérique rémunérateur chinois marque un tournant décisif dans l'évolution des monnaies numériques de banque centrale. En rompant avec les principes occidentaux et en innovant, la PBOC a positionné l'e-CNY comme une force concurrentielle. Alors que l'avenir de l'infrastructure mondiale des paiements se dessine, la divergence entre la mise en œuvre agressive de la Chine et la prudence occidentale définira le prochain chapitre de la course aux CBDC.
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