Les dépenses de défense européennes ont atteint un record de 864 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 14% due à la guerre en Ukraine et aux incertitudes sur les garanties de sécurité américaines. Pourtant, malgré des carnets de commandes records chez Rheinmetall (63,8 milliards €) et BAE Systems (83,6 milliards £), la production de munitions reste insuffisante pour les besoins en temps de guerre. Cette analyse explore le fossé entre les engagements politiques et les réalités industrielles.
Dépenses records
Selon le SIPRI, les membres européens de l'OTAN ont dépensé 864 milliards $ en 2025, le plus haut niveau depuis la Guerre froide. L'Allemagne a franchi 2% du PIB (114 milliards $, +24%), la Pologne a consacré 4,5% de son PIB. La hausse des dépenses de défense de l'UE a été alimentée par l'invasion russe et les doutes sur l'engagement américain sous Trump.
Les engagements de La Haye
Au sommet de l'OTAN en juin 2025, les alliés ont adopté un objectif de 5% du PIB d'ici 2035 (dont 3,5% pour les dépenses militaires de base). Tous les États membres sauf l'Espagne se sont engagés. Le plan ReArm Europe de l'UE prévoit 150 milliards € de prêts pour des achats conjoints, mais seuls 19 États y ont souscrit.
Fossé de production industrielle
La production de défense a triplé depuis 2022, mais l'écart reste important. En 2024, l'UE n'a livré qu'environ 300 000 obus sur un million promis à l'Ukraine, révélant trois décennies de sous-investissement. Le prix d'un obus de 155 mm a bondi de 800 $ à 3 200 $. Le déficit de production de munitions en Europe a forcé l'initiative tchèque à acheter 500 000 obus hors OTAN.
Rheinmetall et BAE Systems
Rheinmetall affiche un carnet record de 63,8 milliards € (+36%), mais sa capacité de production reste contrainte. BAE Systems a multiplié par 16 sa production d'obus, mais la demande croît 5 à 6 fois plus vite que l'offre. Les entreprises ont consacré 5 milliards $ en dividendes en 2025, au détriment des investissements.
Implications transatlantiques
L'administration Trump réduit son engagement envers l'Europe. L'avenir de l'alliance transatlantique dépend de la capacité européenne à assurer sa propre défense. Des accords bilatéraux (Lancaster House 2.0, Kensington) se multiplient, et l'UE vise 40% d'achats conjoints d'ici 2027.
Points de vue d'experts
'Le débat sur les dépenses est clos, mais un fossé critique de production subsiste', note Air Street. 'L'industrie a été conçue pour le déclin, non pour des capacités de crise.' Le SIPRI met en garde contre une 'créativité comptable'.
FAQ
Combien l'Europe a-t-elle dépensé en 2025 ?
864 milliards $, soit +14%.
Quel est le nouvel objectif de l'OTAN ?
5% du PIB d'ici 2035 (dont 3,5% pour les dépenses de base).
Pourquoi une pénurie de munitions ?
Trente ans de sous-investissement. La demande croît 5 à 6 fois plus vite que la production.
Impact de la politique américaine ?
L'administration Trump a accéléré le réarmement mais créé une incertitude.
Que fait l'UE ?
ReArm Europe (150 milliards € de prêts), programme ASAP (2 millions d'obus/an), objectif de 40% d'achats conjoints en 2027.
Conclusion
Le paradoxe est clair : des engagements records ne se traduisent pas encore en production. Alors que les perspectives de sécurité mondiale en 2026 se dessinent, l'Europe doit passer des déclarations à la réalité industrielle. Sans hausse de la production de munitions et de la résilience des chaînes, elle risque une force coûteuse mais creuse.
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