Le yen japonais a enregistré sa plus forte hausse hebdomadaire depuis février, suite à une intervention coordonnée avec le soutien inédit des États-Unis le 31 juillet 2026. Le ministère des Finances a ordonné à la Banque du Japon d'acheter du yen, faisant chuter l'USD/JPY de près de 164 à moins de 159 en quelques heures. Bloomberg estime le coût à 53 milliards de dollars, Reuters jusqu'à 58,97 milliards, l'une des plus grandes interventions de l'histoire.
Qu'est-ce qui a déclenché le fort rebond du yen ?
Un mois plus tôt, le yen était tombé à son plus bas depuis 40 ans, à 163,99 pour un dollar. L'écart des taux d'intérêt entre la BOJ et la Fed alimentait la dépréciation, aggravant l'inflation importée et la détresse des ménages. La ministre des Finances Satsuki Katayama avait menacé d'agir. La BOJ est intervenue jeudi, vendant massivement des dollars. Le yen a bondi de plus de 3 % en une heure, atteignant 157,8 avant de se stabiliser autour de 159,54.
À l'intérieur de l'intervention coordonnée Japon-États-Unis
L'implication active des États-Unis a rendu cette intervention historique. Le Trésor américain a averti les banques commerciales d'une possible intervention et a effectué un « rate check ». La Fed de New York, sur instruction du Trésor, a demandé des vérifications de taux. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a jugé le yen « très sous-évalué », signalant un rare alignement. C'est la première opération de soutien au yen par les États-Unis depuis plus de dix ans, la dernière remontant au séisme de Tōhoku en 2011. Cette action souligne les craintes qu'une baisse désordonnée du yen ne déstabilise les marchés mondiaux, compte tenu des massives positions de carry trade sur le yen.
La Banque du Japon maintient ses taux à 1 %
Vendredi, la BOJ a maintenu son taux directeur à 1 % par 8 voix contre 1, Hajime Takata souhaitant une hausse à 1,25 %. La banque centrale prévient que l'inflation sous-jacente pourrait dépasser « nettement » l'objectif de 2 % en 2026, en raison des salaires, du pétrole et du yen faible. Le gouverneur Ueda a indiqué qu'une hausse pourrait intervenir dès septembre ou octobre. L'inflation de base était à 1,6 % en juillet. La normalisation de la politique de la BOJ s'accélère, avec un taux à 1 %, le plus haut depuis trois décennies.
La baisse d'impôts de Takaichi alimente les inquiétudes budgétaires
La Première ministre Sanae Takaichi a annoncé une réduction de la taxe à la consommation sur les aliments de 8 % à 1 % pendant deux ans à partir d'avril prochain. Cette mesure créerait un manque à gagner de 10 000 milliards de yens (61 milliards de dollars), suscitant des alarmes sur la santé budgétaire du Japon. Des critiques au sein du PLD mettent en garde contre des flambées de prix futures. Le plan, combiné à l'intervention, met à rude épreuve la crédibilité budgétaire et monétaire du Japon. Un économiste de MUFG déclare : « L'administration Takaichi marche sur une corde raide entre soulagement à court terme et stabilité à long terme. »
Implications pour les marchés : le carry trade sur le yen se dénoue-t-il ?
L'intervention relance le débat sur la viabilité du carry trade en yen. Avec les signaux de hausse des taux de la BOJ et de possibles baisses de la Fed, l'écart de rendement se réduit. Un dénouement rapide pourrait provoquer de la volatilité sur les actions mondiales et les marchés émergents. MUFG reste prudemment optimiste pour les devises asiatiques, prévoyant un USD/JPY sous 160. Mais l'intervention seule ne peut inverser la tendance sans changements fondamentaux. Les prochains tests seront la réunion de la BOJ en septembre et le rapport du Fonds de stabilisation des changes du Trésor américain.
Foire aux questions
Pourquoi le Japon est-il intervenu sur le marché des changes ?
Pour stopper une dépréciation « excessive et désordonnée » du yen, qui avait atteint un plus bas de 40 ans, renchérissant les importations d'énergie et de nourriture. L'intervention visait à restaurer la stabilité et à freiner la spéculation à la baisse.
Combien le Japon a-t-il dépensé pour cette intervention ?
Environ 53 milliards de dollars (8,45 billions de yens) selon Bloomberg, et jusqu'à 58,97 milliards selon Reuters. Cela fait suite à un record de 11,7 billions de yens dépensés entre avril et mai 2026.
Quel est le taux d'intérêt actuel de la Banque du Japon ?
La BOJ a maintenu son taux à 1 %, le plus haut depuis 1995. Un membre a voté pour une hausse à 1,25 %. De nouvelles hausses sont possibles dès septembre 2026.
Les États-Unis sont-ils déjà intervenus sur le marché du yen ?
Rarement. La dernière intervention significative remonte à 2011 après le séisme de Tōhoku. Avant cela, en 1998 pendant la crise asiatique. Le « rate check » de juillet 2026 est le premier depuis plus de dix ans.
Qu'est-ce que le carry trade sur le yen et pourquoi est-ce important ?
Il consiste à emprunter en yens à bas taux pour investir dans des actifs à rendement plus élevé. Un dénouement peut provoquer des ventes massives d'actifs risqués, comme les actions technologiques et les devises émergentes.
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