L'architecture commerciale mondiale subit un réalignement radical depuis les années 1930, les tarifs concurrents de Washington, Bruxelles et Pékin poussant les entreprises à régionaliser leurs chaînes d'approvisionnement. Déclenchée par l'annulation des tarifs IEEPA par la Cour suprême le 20 février 2026, l'escalade s'est transformée en une guerre commerciale multidimensionnelle.
Le pivot américain : de l'IEEPA à la section 122 puis à la section 301
Après l'annulation des tarifs IEEPA, l'administration Trump a invoqué la section 122 de la loi de 1974, imposant un droit de 10 % sur la plupart des importations dès le 24 février 2026, avec des exemptions pour les minéraux, l'énergie et les produits USMCA.
Ce tarif temporaire de 150 jours devait expirer le 24 juillet 2026. La Cour de commerce international des États-Unis a jugé que l'exécutif avait outrepassé ses pouvoirs, mais un sursis a maintenu les perceptions.
L'administration a parallèlement lancé les enquêtes de la section 301 le 12 mars 2026, visant plus de 60 économies pour surcapacités et travail forcé. Sans limite de durée, ces tarifs sont conçus pour être permanents.
Le dilemme européen : un excédent de 360 milliards d'euros et une dérive vers les représailles
L'UE fait face à la surcapacité chinoise. L'excédent commercial de la Chine avec l'UE a atteint 360,6 milliards d'euros en 2025. Sur 21 enquêtes antidumping, 18 ciblent des producteurs chinois, avec des droits compensateurs jusqu'à 35,3 % sur les véhicules électriques.
Bruxelles manque d'un outil comme la section 301. Cinq États membres demandent un équivalent européen de la section 301 pour imposer des tarifs sectoriels sans prouver de subventions. La Commission présentera un projet de loi d'ici septembre 2026.
« Une guerre commerciale UE-Chine semble inévitable », selon The Economist.
Les chaînes d'approvisionnement se fracturent en blocs régionaux
Le Mexique a dépassé la Chine comme premier partenaire commercial des États-Unis en 2026, grâce aux IDE de délocalisation. L'Asie du Sud-Est devient la principale destination Chine plus un pour l'électronique, tandis que l'Europe de l'Est et l'Afrique du Nord approvisionnent l'UE.
Le FMI prévient qu'une fragmentation prolongée pourrait réduire le PIB mondial de 5 %. La CNUCED décrit un monde sous pression de la fragmentation géopolitique et des transitions numérique et verte.
Les entreprises acceptent des coûts 15-25 % plus élevés pour la diversification des chaînes d'approvisionnement, passant du juste-à-temps au juste-au-cas-où.
Et ensuite ?
La convergence de l'expiration de la section 122, des enquêtes 301 et de la législation européenne crée un point d'inflexion. L'OMC reconnaît que le système multilatéral subit son plus grand test depuis 1947.
Après l'expiration de la section 122, des tarifs 301 sur le travail forcé de 10-12,5 % ont été imposés à 60 pays. La tendance est à des barrières plus élevées et persistantes, posant la question d'une réorganisation permanente du commerce mondial.
Foire aux questions
Qu'est-ce que la section 122 de la loi sur le commerce de 1974 ?
La section 122 autorise des tarifs temporaires de 150 jours pour un déficit de balance des paiements. Utilisée pour la première fois en 2026.
Pourquoi la Cour suprême a-t-elle annulé les tarifs de l'IEEPA ?
La Cour suprême a jugé que l'IEEPA ne permet pas d'imposer des tarifs, annulant ceux-ci le 20 février 2026.
Quelle est l'ampleur de l'excédent commercial chinois avec l'UE ?
360,6 milliards d'euros en 2025, en hausse de 15 %. Près d'un milliard d'euros par jour.
Qu'est-ce que l'« équivalent section 301 » proposé par l'UE ?
Une législation permettant des tarifs sectoriels sans preuve de subventions, ciblant la sous-évaluation des devises et le transfert forcé de technologies. Projet attendu en septembre 2026.
Comment les chaînes d'approvisionnement évoluent-elles face à la fragmentation commerciale ?
Les multinationales régionalisent leurs capacités, acceptant des coûts plus élevés. Le Mexique, le Vietnam et l'Europe de l'Est deviennent des hubs clés.
Follow Discussion