En 2026, le système monétaire mondial a franchi un seuil historique : la part du dollar américain dans les réserves de change allouées est passée sous 57 % pour la première fois en 30 ans, et le bloc BRICS+ a porté les règlements en monnaies locales intra-bloc au-delà de 67 %. Il a lancé BRICS Pay alternative à SWIFT, un réseau blockchain intégrant Pix (Brésil), SPFS (Russie), CIPS (Chine) et UPI (Inde). Cette dédollarisation, alimentée par les sanctions armées, la dette fédérale américaine dépassant 36 000 milliards de dollars et la fracture du pétrodollar, pose la question : le dollar décline-t-il vers un système de réserves multipolaire ou reste-t-il dominant grâce aux effets de réseau et à la liquidité ?
Qu’est-ce que BRICS Pay ?
Développé depuis 2018 par le BRICS Business Council et lancé au sommet BRICS 2026 en Inde, BRICS Pay est un système de paiement décentralisé. Contrairement à la messagerie centralisée de SWIFT, il utilise une architecture DCMS sans concentrateur, résistante aux sanctions, pour des transactions directes en monnaies locales entre 11 membres et 10 partenaires, soit environ 41 % du PIB mondial. Le système intègre les rails nationaux — Pix, SPFS, CIPS et UPI — en un réseau interopérable. Une innovation clé est l’Unité, un jeton de règlement numérique adossé à 40 % à l’or physique et à 60 % à un panier de cinq monnaies BRICS, permettant des règlements en moins de 60 secondes à moins de 0,10 $.
Comment le dollar a perdu du terrain
Selon les données COFER du FMI, la part du dollar dans les réserves mondiales allouées est tombée à 56,77 % au T4 2025, son plus bas depuis 1995, contre 71 % en 2000. La baisse de la part des réserves en dollar résulte de trois facteurs : les sanctions utilisées comme arme après le gel des réserves russes, la hausse de la dette américaine qui érode la confiance dans les rendements des bons du Trésor, et l’affaiblissement du pétrodollar avec l’Arabie saoudite et les Émirats réglant des échanges énergétiques en yuan et en roupie.
Banques centrales : or et MNBC
Les banques centrales ont acheté plus de 1 100 tonnes d’or en 2025, et début 2026, leurs réserves d’or ont dépassé les avoirs en bons du Trésor américain pour la première fois. La Pologne a été le plus gros acheteur (102 tonnes). Simultanément, le projet pilote de MNBC mBridge, rebaptisé BRICS Bridge, est entré en service pour des règlements de gros sans dollar en quelques secondes, tandis que la BCE a achevé la préparation de l’euro numérique et ouvert un pilote en mars 2026.
Le dollar peut-il survivre ?
Le dollar domine encore avec 88 % du chiffre d’affaires mondial des changes et environ 2 000 milliards de dollars de trafic SWIFT quotidien. Les volumes CIPS ont dépassé 175 000 milliards de yuans en 2025 mais dépendent de SWIFT, et l’utilisation du yuan hors de Hong Kong reste inférieure à 1,7 %. Selon Deluair Consultancy, la liquidité, et non la technologie, plafonne les volumes mBridge à quelques dizaines de milliards, et la fracturation du système pétrodollar reste partielle.
Comparaison 2026 : dollar contre BRICS+
- Changes quotidiens : dollar 88 % contre yuan ~7 % et roupie ~2 %.
- Part des réserves : dollar 56,77 % contre monnaies BRICS combinées sous 10 %.
- Rails transfrontaliers : SWIFT ~2 000 milliards $/jour contre BRICS Pay sous 100 milliards $/jour (pilote).
- Facturation énergétique : le dollar domine, mais le yuan atteint 24 % des volumes liés au Brent.
Points de vue d’experts
C’est une phase pilote critique, pas une révolution, a déclaré un analyste financier des BRICS cité par Informed Clearly. Les effets de réseau du dollar et ses marchés profonds lui donnent une inertie énorme, mais la direction va vers un système multipolaire. Les sceptiques évoquent les divisions Inde-Chine, les sanctions russes et la faible profondeur des marchés BRICS : fragmentation plutôt que substitution.
Foire aux questions
Qu’est-ce que la dédollarisation ?
La réduction progressive du rôle du dollar dans le commerce, les réserves et les paiements, souvent via des monnaies locales, l’or et des rails alternatifs comme BRICS Pay.
Pourquoi la part sous 57 % est-elle significative ?
Elle marque un plus bas de 30 ans et signale une diversification accélérée vers l’or, le yuan et d’autres monnaies, même si le dollar reste dominant.
BRICS Pay remplace-t-il SWIFT ?
Non. C’est un réseau parallèle pour les BRICS+ et les pays sanctionnés, minuscule face aux 2 000 milliards quotidiens de SWIFT, avec des défis de liquidité et de gouvernance.
Le jeton Unité adossé à l’or menace-t-il le dollar ?
L’Unité est un instrument de règlement, pas une monnaie de réserve. Son échelle est limitée, mais il opérationnalise une alternative ancrée sur l’or qui pourrait croître si la confiance dans les actifs en dollar s’érode.
L’euro numérique accélérera-t-il la dédollarisation ?
Il vise à réduire la dépendance européenne aux infrastructures de paiement américaines et pourrait offrir un rail de MNBC neutre, mais son émission n’est pas attendue avant 2029.
Conclusion : avenir multipolaire, pas d’effondrement
En 2026, la dédollarisation est devenue réalité opérationnelle, mais la domination du dollar est loin d’être terminée. Les effets de réseau, la liquidité et la sécurité juridique favorisent le billet vert. Pourtant, avec BRICS Pay en service, la phase de test de l’euro numérique en cours et des achats d’or records par les banques centrales, le système monétaire subit son changement structurel le plus important depuis des décennies. Les investisseurs doivent se préparer à une fragmentation, pas à une substitution.
Follow Discussion