La souveraineté de l'Espagne sur les enclaves nord-africaines de Ceuta et Melilla est redevenue un point chaud diplomatique après qu'un rapport du Congrès américain a décrit ces villes comme « situées en territoire marocain » et qu'une tentative massive de migration a fait des dizaines de morts. Madrid insiste sur le fait que ces territoires ne sont pas négociables, tandis que le Maroc — bien qu'il considère officiellement les enclaves comme « occupées » — concentre son énergie politique sur le Sahara occidental.
Contexte historique : les enclaves nord-africaines de l'Espagne
Ceuta et Melilla sont deux villes autonomes espagnoles perchées sur la côte méditerranéenne du Maroc. Elles constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne en Afrique et sont sous contrôle espagnol depuis respectivement les XVe et XVIIe siècles. Le Maroc n'a jamais accepté la domination espagnole, qualifiant constamment ces territoires de « Ceuta occupée » et « Melilla occupée ». Pourtant, comme le montre l'histoire des colonies en Afrique du Nord, ces deux minuscules enclaves sont restées remarquablement stables — jusqu'à récemment.
L'Espagne trace une ligne rouge sur la souveraineté
Début août 2026, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a fait une déclaration sans équivoque : « On ne touche pas à l'intégrité territoriale et à la souveraineté de l'Espagne. On ne touche pas à Ceuta et Melilla. » Ses propos faisaient suite à une vague catastrophique de migration irrégulière à la frontière de Ceuta les 30 et 31 juillet, lorsqu'environ 40 000 personnes ont tenté de forcer le passage vers l'enclave. Les autorités marocaines ont fait état de 11 morts ; les chiffres espagnols dépassent les 70.
La tragédie a incité Robles à rompre avec la ligne plus prudente du gouvernement et à exiger que le Maroc enquête sur les réseaux de passeurs qui avaient utilisé les médias sociaux pour orchestrer les traversées. « Ni l'Espagne ni le Maroc ne peuvent fermer les yeux », a-t-elle déclaré. L'opinion publique espagnole a largement soutenu la position du gouvernement. Le sentiment local à Ceuta et Melilla est massivement pro-espagnol ; les habitants craignent de perdre les privilèges d'un passeport européen et les liens culturels profonds avec l'Espagne.
Priorité stratégique du Maroc : le Sahara occidental
Malgré la rhétorique enflammée, les analystes estiment que le Maroc ne fera probablement pas valoir ses revendications sur Ceuta et Melilla à court terme. L'arabisant et spécialiste du Maroc, Jan Hoogland, a déclaré à BNR que la priorité immédiate de Rabat est le Sahara occidental. « Le Maroc est très occupé à développer toutes les sources d'énergie et à construire des panneaux solaires là-bas », a dit Hoogland. « À court terme, le Maroc ne va pas pousser cette revendication. »
Le Sahara occidental — une ancienne colonie espagnole dont Madrid s'est retirée en 1975 — est devenu la pièce maîtresse de la stratégie diplomatique et économique du Maroc. Le royaume a massivement investi dans la capacité d'énergie renouvelable de la région et a convaincu un nombre croissant de nations d'approuver son plan d'autonomie. En revanche, le dossier Ceuta et Melilla reste une ambition à plus long terme, qui sera probablement calibrée en fonction de la relation plus large de Rabat avec la sécurité aux frontières de l'Union européenne.
Un rapport du Congrès américain attise les flammes
L'atmosphère déjà tendue a été envenimée par la résurgence d'un rapport de la commission des crédits de la Chambre des représentants des États-Unis qui décrivait Ceuta et Melilla comme « des villes administrées par l'Espagne situées en territoire marocain ». Le document, joint à un projet de loi de financement pour 2027, exhortait le secrétaire d'État à encourager un engagement diplomatique entre le Maroc et l'Espagne sur le statut futur de ces villes. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a rétorqué que l'espagnolité de Ceuta et Melilla est « aussi certaine que celle de Valladolid ». L'épisode souligne comment les enclaves deviennent de plus en plus un pion dans les relations diplomatiques entre l'Espagne et le Maroc et la compétition entre grandes puissances en Méditerranée.
Foire aux questions
Pourquoi l'Espagne possède-t-elle encore un territoire en Afrique du Nord ?
Ceuta et Melilla sont des vestiges historiques de la présence coloniale espagnole. Ceuta est passée sous souveraineté espagnole en 1668 et Melilla a été conquise en 1497. Les deux sont aujourd'hui pleinement intégrées à l'Espagne en tant que villes autonomes, avec le même statut juridique que n'importe quelle autre région espagnole.
Les habitants de Ceuta et Melilla veulent-ils être marocains ?
Non. Les sondages et les mouvements politiques locaux montrent constamment un soutien massif en faveur du maintien de l'appartenance à l'Espagne. Les avantages pratiques — citoyenneté européenne, voyage sans visa et niveau de vie plus élevé — rendent la domination marocaine peu attrayante.
Pourquoi le Maroc n'essaie-t-il pas activement de s'emparer des enclaves maintenant ?
Le gouvernement marocain donne actuellement la priorité au Sahara occidental, où il investit dans le développement économique et cherche à obtenir la reconnaissance internationale de sa souveraineté. Faire pression sur la question de Ceuta et Melilla pourrait déstabiliser ses relations avec l'UE et le détourner de cet objectif principal.
Quel rôle jouent les États-Unis dans ce différend ?
Washington est traditionnellement resté neutre, mais un récent rapport du Congrès qui présentait Ceuta et Melilla comme faisant partie du territoire marocain a irrité Madrid et suggère un changement subtil. Les États-Unis considèrent le Maroc comme un allié régional et pourraient adapter leur langage en conséquence.
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