Davos 2026 : la déclaration de rupture
Lors du Forum économique mondial de Davos en janvier 2026, une coalition de dirigeants du Canada, de l'UE, du Qatar, de Singapour, du Maroc et de la Finlande a livré un message sévère : l'ancien ordre international fondé sur des règles est définitivement brisé. Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré : 'Nous sommes dans une rupture, pas une transition', arguant que la fiction d'un ordre libéral universel a été exposée. Plutôt que de pleurer sa disparition, les puissances moyennes redéfinissent la souveraineté comme résilience, construisant une autonomie stratégique dans les chaînes d'approvisionnement, la défense, l'énergie et la technologie via des coalitions flexibles à géométrie variable. Cet article analyse comment les États de second rang forment de nouveaux blocs, font du hedging entre les États-Unis et la Chine, et remodèlent la gouvernance mondiale.
La doctrine Carney : réalisme fondé sur les valeurs
Le discours de Mark Carney à Davos a introduit ce que les analystes appellent désormais la 'doctrine Carney' — un cadre de politique étrangère mêlant valeurs libérales-démocratiques et réalisme pragmatique. Dans un document publié via le Réseau nord-américain et arctique de défense et de sécurité le 21 janvier 2026, Carney a exposé le 'réalisme fondé sur les valeurs' comme stratégie de puissance moyenne alliant engagement princier pour les droits de l'homme et l'intégrité territoriale à un engagement stratégique ferme. L'approche Doctrine Carney puissances moyennes rejette à la fois le multilatéralisme naïf et le repli isolationniste, plaidant pour des investissements collectifs dans la résilience et des normes partagées.
Diplomatie à géométrie variable
Au cœur de la vision de Carney se trouve la 'géométrie variable' — former différentes coalitions basées sur des intérêts communs plutôt que de compter sur des institutions universelles affaiblies. Au lieu d'attendre la réforme de l'OMC, Carney a proposé de connecter l'UE à l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), créant un bloc commercial de 1,5 milliard de personnes sans participation américaine. Des accords sectoriels sur les minéraux critiques, les technologies à double usage et l'énergie propre sont négociés séparément, permettant aux puissances moyennes de faire de hedging entre les États-Unis et la Chine sans être forcées de choisir un camp.
L'ordre mosaïque : Strategic Trends 2026 de l'ETH Zurich
Parallèlement aux réunions de Davos, le Centre d'études de sécurité de l'ETH Zurich a publié la 16e édition de Strategic Trends (mars 2026), identifiant l'émergence d'un 'ordre mosaïque' — des arrangements régionaux et transrégionaux imbriqués où les grandes puissances rivalisent pour l'influence. Le rapport met en évidence trois réponses régionales : régionalisme défiant (ex. l'ASEAN affirmant son autonomie), régionalisme instrumentalisé (ex. l'Afrique exploitée par des puissances extérieures) et régionalisme fluide (ex. l'Amérique latine aux alliances changeantes). Les puissances moyennes, notamment en Asie du Sud-Est, recalibrent leurs stratégies pour préserver leur autonomie entre Washington et Pékin.
De la souveraineté à la résilience
L'analyse de l'ETH Zurich note que les puissances moyennes recadrent la souveraineté comme résilience et renforcement des capacités plutôt que comme repli territorial. Cela se manifeste dans plusieurs domaines :
- Chaînes d'approvisionnement : Diversification de l'approvisionnement en minéraux critiques loin de la domination chinoise, qui contrôle 90% du traitement des terres rares. La loi européenne sur les matières premières critiques fixe des objectifs pour 2030, tandis que le Canada et l'Australie ont lancé des accords bilatéraux sur le lithium et le cobalt.
- Défense : Le Canada a doublé ses dépenses de défense et signé 12 nouveaux accords commerciaux et de sécurité depuis l'arrivée de Carney. La Finlande, désormais membre de l'OTAN, approfondit la coopération de défense nordique.
- Énergie : Le Qatar et le Maroc investissent dans des corridors d'énergie renouvelable, tandis que Singapour se positionne comme hub de finance verte.
- Technologie : Le Partenariat technologique et d'innovation Australie-Canada-Inde (ACITI) illustre le minilatéralisme sectoriel axé sur les semi-conducteurs et l'IA.
Construction de coalitions en pratique
Le sommet des puissances moyennes à Davos 2026 a présenté des initiatives concrètes. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a exhorté l'Europe à reconnaître le changement permanent et à construire une nouvelle Europe indépendante. Le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch a souligné la protection de la société via des programmes de résilience sociale. Les dirigeants singapouriens ont insisté sur le besoin d'autonomie stratégique des puissances moyennes dans les infrastructures numériques et les systèmes financiers. Le Qatar a utilisé sa richesse énergétique pour financer des projets de connectivité reliant l'Asie, l'Afrique et l'Europe.
Ces efforts ne sont pas sans critiques. Dans Foreign Affairs, Michael Beckley a mis en garde contre 'l'illusion de la puissance moyenne', arguant que les stratégies de hedging échoueront à mesure que la rivalité États-Unis-Chine s'intensifie. Washington et Pékin font pression sur les États pour qu'ils choisissent leur camp via des tarifs douaniers, des restrictions technologiques et des menaces militaires. Beckley estime que le terrain du milieu devient un 'champ de mines plutôt qu'un marché', exhortant les puissances moyennes à s'aligner sur la grande puissance offrant la meilleure protection.
Impact sur la gouvernance mondiale
Le virage vers des coalitions à géométrie variable remodèle déjà la gouvernance mondiale. Les institutions multilatérales traditionnelles comme l'ONU et l'OMC sont contournées au profit d'arrangements minilatéraux plus rapides et ciblés. L'ordre mondial fragmenté 2026 crée à la fois des opportunités et des risques : les puissances moyennes peuvent exercer une influence disproportionnée dans des domaines de niche, mais l'absence de cadres universels risque d'exacerber les inégalités et l'instabilité.
Stewart Patrick de la Carnegie Endowment, écrivant en janvier 2026, soutient que les puissances moyennes sont bien placées pour jouer un rôle crucial dans la relance de la coopération internationale, mais met en garde contre un optimisme irréaliste. Les puissances moyennes sont un groupe diversifié aux intérêts concurrents, et leur efficacité dépend de la recherche d'objectifs communs tout en gérant les politiques populistes domestiques.
Perspectives d'experts
Michael Kovrig, écrivant dans Foreign Policy, décrit la doctrine Carney comme un 'manifeste d'émancipation stratégique' pour les puissances moyennes, mais note que les régimes autoritaires comme la Russie et la Chine peuvent apprendre à coloniser ces réseaux. Plus les puissances moyennes s'éloignent des États-Unis, plus leurs risques stratégiques deviennent grands dans un monde bipolaire.
Au Gulf Research Center, les analystes soulignent que les puissances moyennes du Sud global — dont l'Indonésie, l'Arabie saoudite et le Brésil — poursuivent leurs propres versions d'autonomie stratégique, souvent avec des priorités différentes de leurs homologues du Nord. Cette divergence Nord-Sud reste un défi clé pour tout agenda unifié des puissances moyennes.
FAQ
Qu'est-ce qu'une puissance moyenne en 2026 ?
Une puissance moyenne est un État de second rang systémiquement important qui exerce son influence par la capacité diplomatique, la force économique et l'expertise de niche plutôt que par la puissance militaire. Exemples : Canada, Australie, Corée du Sud, Indonésie, Arabie saoudite et États membres de l'UE.
Qu'est-ce que la diplomatie à géométrie variable ?
La géométrie variable désigne la formation de différentes coalitions basées sur des intérêts communs dans des domaines spécifiques (commerce, sécurité, technologie) plutôt que de compter sur des institutions multilatérales universelles. Elle permet aux puissances moyennes de coopérer de manière flexible sans être contraintes dans des alliances rigides.
Pourquoi Mark Carney a-t-il déclaré l'ancien ordre brisé ?
Carney a soutenu que l'ordre fondé sur des règles mené par les États-Unis s'est définitivement rompu en raison de la rivalité des grandes puissances, du retrait américain du leadership mondial et de l'exposition des fictions du système. Il a exhorté les puissances moyennes à cesser de croire au retour de l'ancien système et à construire de nouveaux cadres.
Qu'est-ce que l'ordre mosaïque ?
Identifié par Strategic Trends 2026 de l'ETH Zurich, l'ordre mosaïque décrit un monde d'arrangements régionaux et transrégionaux imbriqués où les grandes puissances rivalisent pour l'influence, et les puissances moyennes naviguent entre elles via des coalitions flexibles.
Les puissances moyennes peuvent-elles réussir à remodeler l'ordre mondial ?
Les opinions sont partagées. Les optimistes soulignent les compétences diplomatiques et le poids économique des puissances moyennes ; les pessimistes préviennent que la pression des superpuissances les forcera à choisir un camp. Le succès dépendra probablement de leur capacité à former des coalitions résilientes et alignées sur des valeurs tout en gérant les tensions internes et externes.
Conclusion
Le pivot des puissances moyennes représente un changement structurel dans les relations internationales. Plutôt que d'attendre un retour au passé, les États de second rang architectent activement un système mondial fragmenté. Que cela mène à un ordre mondial plus résilient et coopératif ou à une mosaïque chaotique de blocs concurrents reste à voir. Ce qui est clair, c'est que l'ère des puissances moyennes en tant que spectatrices passives est révolue.
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