Alors que le conflit iranien perturbe les approvisionnements énergétiques du Moyen-Orient, les nations d'Asie du Sud-Est se tournent de plus en plus vers le pétrole russe pour combler des lacunes critiques, portant un coup aux sanctions occidentales visant à isoler Moscou. L'Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et le Viêt Nam mènent ce pivot régional vers le pétrole brut, les engrais et l'énergie nucléaire russes, les États-Unis suspendant temporairement les sanctions pour permettre ces achats.
Pourquoi l'Asie du Sud-Est achète du pétrole russe
La crise énergétique frappe durement l'Asie du Sud-Est. L'Indonésie fait face à un déficit de 1 million de barils par jour après la fermeture du détroit d'Ormuz. En réponse, Jakarta prévoit d'importer jusqu'à 150 millions de barils de pétrole brut russe d'ici fin 2026, avec 100 millions à prix spécial. Les Philippines ont reçu leur premier envoi en mars 2026. La Thaïlande négocie des engrais, et le Viêt Nam relance un accord nucléaire avec Rosatom.
La dérogation américaine sur les sanctions pétrolières russes facilite ces accords. Washington a temporairement suspendu les pénalités en mars 2026, prolongeant la dérogation de 30 jours en avril sous pression de l'Inde et des Philippines.
L'opportunité stratégique de la Russie
La Russie bénéficie de la flambée des prix : l'Ourals atteint environ 120 $ le baril début avril 2026, soit une hausse de 30 % par rapport aux niveaux d'avant-guerre. Moscou étend son influence via le nucléaire, avec des contrats au Myanmar, au Viêt Nam et en Ouzbékistan.
« La Russie tire parti de la crise pour approfondir ses liens régionaux, avec des sondages montrant une opinion favorable en Indonésie et au Viêt Nam », explique Ian Storey, chercheur à l'ISEAS. Selon un sondage Pew 2025, 63 % des Indonésiens ont une opinion favorable de la Russie, contre 48 % pour les États-Unis.
Les avertissements de l'UE ignorés
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a appelé les pays de l'ASEAN à voir « la situation dans son ensemble », mais ces appels ont été ignorés face aux priorités énergétiques. La taxe carbone européenne et le régime de sanctions sont affaiblis par le réalignement des marchés mondiaux.
Limites de l'influence russe
Les analystes notent que la Russie manque de levier économique et militaire comparé à la Chine et aux États-Unis. Sa dépendance croissante envers Pékin complique sa position. La sortie des Émirats arabes unis de l'OPEP+ au 1er mai 2026 pourrait augmenter l'offre et réduire les prix, nuisant aux revenus russes.
Principaux développements
| Pays | Action | Détails |
|---|---|---|
| Indonésie | 150M barils brut russe | 100M à prix spécial + option 50M ; échelonné jusqu'en 2026 |
| Philippines | Premier pétrole russe en 5 ans | Livraison en mars 2026 |
| Thaïlande | Négociations engrais | Pourparlers en cours avec Moscou |
| Viêt Nam | Accord nucléaire | Relancé avec Rosatom |
Et après ?
La trajectoire dépend de la durée de la dérogation américaine, de la résolution du conflit iranien et de l'impact de la sortie des Émirats de l'OPEP. Un sommet Russie-ASEAN à Kazan, du 17 au 19 juin 2026, pourrait formaliser une coopération énergétique accrue.
Le braquage de banque de 2025 à Berlin et autres distractions géopolitiques détournent l'attention de l'expansion russe en Asie. Moscou capitalise sur une fenêtre d'opportunité unique.
Questions fréquentes
Pourquoi l'Asie du Sud-Est achète-t-elle du pétrole russe malgré les sanctions ?
En raison de pénuries énergétiques graves causées par le conflit iranien. Une dérogation américaine permet ces achats sans pénalité, et le brut russe est compétitif.
Quelle quantité l'Indonésie importe-t-elle ?
Jusqu'à 150 millions de barils d'ici fin 2026, dont 100 millions à prix spécial.
Qu'est-ce que la dérogation américaine ?
Un moratoire temporaire de mars 2026, prolongé de 30 jours en avril, autorisant l'achat de pétrole russe sans sanctions.
La Russie a-t-elle d'autres leviers en Asie du Sud-Est ?
Oui, via le nucléaire (Viêt Nam, Myanmar), les engrais et des liens diplomatiques avec des pays communistes et musulmans.
La sortie des Émirats de l'OPEP peut-elle affecter les ventes russes ?
Oui, en augmentant l'offre et baissant les prix, rendant le brut russe moins attractif.
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