La fermeture effective du détroit d'Ormuz depuis fin février 2026 a provoqué la plus grande perturbation du marché pétrolier de l'histoire, avec le Brent dépassant 138 $ le baril et une baisse de l'offre mondiale de plus de 10 millions de barils par jour. Selon la deuxième évaluation rapide de la CNUCED, la croissance du commerce mondial de marchandises devrait être réduite de moitié, passant de 4,7 % en 2025 à 1,5 %–2,5 % en 2026. Les économies en développement subissent des crises monétaires en cascade, une hausse des coûts d'importation alimentaire et un endettement croissant, révélant la fragilité de l'interdépendance énergétique mondiale.
Contexte : Le détroit d'Ormuz comme goulet mondial
Le détroit d'Ormuz est une voie navigable étroite entre l'Iran et Oman, reliant le golfe Persique à la mer d'Oman. Avant la crise de 2026, environ 20 % du pétrole mondial et 25 % du gaz naturel liquéfié (GNL) maritime transitaient quotidiennement par ce passage de 34 km de large. Les transits quotidiens ont chuté de 95 % entre février et mars 2026, passant de 129 à six navires par jour, selon la CNUCED. L'importance stratégique des goulets maritimes est reconnue depuis longtemps, mais l'ampleur de la perturbation actuelle est sans précédent.
Répercussions macroéconomiques : Commerce, croissance et inflation
Effondrement du commerce et ralentissement de la croissance
La CNUCED prévoit un ralentissement marqué de la croissance du commerce mondial en 2026, avec une fourchette de 1,5 %–2,5 %, contre 4,7 % en 2025. La croissance du PIB mondial est estimée à 2,6 %, avec 4,1 % pour les économies en développement et seulement 1,5 % pour les marchés développés. La Réserve fédérale de Dallas estime qu'une fermeture d'un quart du détroit réduirait la croissance mondiale de 2,9 points de pourcentage. Le FMI Perspectives de l'économie mondiale avril 2026 confirme que l'économie mondiale évolue désormais à l'ombre de la perturbation d'Ormuz.
Prix de l'énergie et inflation
Le Brent a atteint en moyenne 103 $ le baril en mars 2026 et devrait culminer à 115 $ au deuxième trimestre avant de s'atténuer, selon l'EIA. Les prix spot ont brièvement dépassé 138 $ fin mars. Les coûts du gaz naturel ont bondi de 24 % en mars. Le choc est trois à cinq fois plus important que l'embargo pétrolier de 1973, supprimant près de 20 % de l'offre mondiale. Les taux de fret des pétroliers ont grimpé (indice 188 pour les sale, 215 pour les propres, base 100 le 27 février).
Économies en développement : En première ligne
Les pays en développement subissent le plus gros de la crise. La dépréciation monétaire s'étend en Afrique, Amérique latine, Caraïbes, Asie et Océanie. Environ 3,4 milliards de personnes vivent dans des pays dépensant déjà plus pour le service de la dette que pour la santé ou l'éducation. Le cadre de viabilité de la dette de la Banque mondiale montre que 22 pays d'Afrique subsaharienne à faible revenu sont déjà en situation de surendettement ou à haut risque. La CNUCED prévient qu'une persistance des perturbations pourrait évoluer vers une crise de la dette souveraine en cascade.
Sécurité alimentaire menacée
34 % de l'urée et 23 % de l'ammoniac échangés dans le monde — intrants clés pour les engrais — transitent aussi par Ormuz. La FAO prévient qu'une fermeture pourrait déclencher un choc agroalimentaire grave sous six à douze mois, menaçant la sécurité alimentaire de 1,07 milliard de personnes. La Jordanie, le Liban et Singapour subiraient les plus fortes contractions économiques. Les projections de l'indice FAO des prix alimentaires indiquent que les décisions actuelles sur les engrais détermineront les prix plus tard en 2026 ou début 2027.
Implications géopolitiques et financières
La crise accélère le plus grand réarmement européen depuis la guerre froide, avec l'OTAN fixant un seuil de 3,5 % du PIB pour les dépenses de défense. Les États-Unis ont temporairement levé les sanctions pétrolières iraniennes pour garantir le fonctionnement du marché. Des corridors alternatifs sont explorés (oléoduc Est-Ouest de l'Arabie saoudite, Habshan-Fujairah des Émirats, Kirkuk-Ceyhan), mais aucun ne remplace pleinement la capacité d'Ormuz. Le Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) est encore en développement. Le détour par le cap de Bonne-Espérance allonge les voyages de 10 à 14 jours.
Points de vue d'experts
« Ce qui a commencé comme une perturbation dans un corridor énergétique clé se répercute désormais sur l'ensemble de l'économie mondiale », a déclaré Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED. « Les pays en développement sont les plus exposés. Si les perturbations persistent, la situation pourrait évoluer vers une crise en cascade. » Le FMI souligne la nécessité de politiques agiles.
FAQ
Quelle est la cause de la fermeture du détroit d'Ormuz en 2026 ?
La fermeture résulte de la guerre en Iran en 2026, durant laquelle l'Iran a effectivement fermé le détroit à la plupart du trafic commercial tout en autorisant des transits sélectifs pour les navires alliés.
Quel volume de pétrole transite par le détroit d'Ormuz ?
Avant la crise, environ 20 % du pétrole mondial (17 millions de barils par jour) et 25 % du GNL passaient par le détroit. La perturbation a supprimé plus de 10 millions de barils par jour de l'offre mondiale.
Quelles sont les principales alternatives au détroit d'Ormuz ?
Les alternatives incluent l'oléoduc Est-Ouest saoudien, l'oléoduc Habshan-Fujairah des Émirats, l'oléoduc Irak-Turquie et le détour par le cap de Bonne-Espérance, mais aucune ne remplace pleinement la capacité du détroit.
Combien de temps durera l'impact économique ?
La CNUCED prévoit une croissance du commerce inférieure à 2,5 % pour l'année si la perturbation persiste jusqu'à mi-2026. La FAO avertit d'une crise des prix alimentaires sous 6 à 12 mois.
Quels pays sont les plus touchés ?
Les économies en développement sont les plus durement touchées. La Jordanie, le Liban et Singapour subissent les plus fortes pertes de PIB projetées.
Conclusion : Un tournant pour la sécurité énergétique mondiale
La crise de 2026 a exposé la vulnérabilité d'une économie mondiale construite sur des goulets énergétiques concentrés. Elle accélère les investissements dans les énergies renouvelables, la diversification des chaînes d'approvisionnement et les routes alternatives. Pour les millions de personnes confrontées à la hausse des prix alimentaires et énergétiques, l'avenir immédiat reste incertain.
Sources
- CNUCED : La perturbation d'Ormuz aggrave les tensions économiques mondiales
- Évaluation rapide de la CNUCED : Perturbations du détroit d'Ormuz
- Communiqué de presse de l'EIA, 7 avril 2026
- FMI Perspectives de l'économie mondiale, avril 2026
- Politico : L'ONU prévient d'une crise alimentaire due à la fermeture d'Ormuz
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