Qu'est-ce que l'affaire de blanchiment d'argent du Suriname ?
La Cour suprême néerlandaise (Hoge Raad) a définitivement statué que la saisie de 19,5 millions d'euros auprès de la Banque centrale du Suriname restera en vigueur, mettant fin à une bataille juridique de près de 8 ans concernant des activités suspectes de blanchiment d'argent. Cette décision historique du 10 février 2026 représente une victoire significative pour les autorités néerlandaises dans la lutte contre la criminalité financière internationale et établit des précédents importants pour les enquêtes transfrontalières sur le blanchiment d'argent impliquant des entités souveraines.
Contexte : l'expédition d'espèces de 2018
En avril 2018, les douaniers néerlandais de l'aéroport de Schiphol ont intercepté une expédition d'espèces suspecte en provenance du Suriname et à destination de Hong Kong. Les 19,5 millions d'euros en espèces étaient transportés par la Banque centrale du Suriname (CBvS) pour être échangés contre des dollars américains, mais plusieurs signaux d'alarme ont immédiatement suscité des soupçons. L'argent contenait des milliers de billets de 500 € – des coupures rarement utilisées dans le commerce légitime – et était emballé de manière inhabituelle. L'itinéraire d'expédition du Suriname vers Hong Kong via les Pays-Bas semblait également irrégulier pour des transactions bancaires légitimes.
Le ministère public néerlandais (OM) a suspecté un blanchiment d'argent et a saisi les fonds, marquant la cinquième grande expédition d'espèces en provenance du Suriname en six mois, totalisant plus de 75 millions d'euros. « Les preuves indiquaient des opérations systématiques de blanchiment d'argent », a déclaré un porte-parole du ministère public néerlandais. « Nous avons constaté que la grande majorité de cet argent n'avait pas d'origine légale vérifiable. »
La bataille juridique : immunité souveraine contre enquête pénale
La Banque centrale du Suriname a immédiatement contesté la saisie, invoquant l'immunité souveraine et arguant que l'action était disproportionnée. La banque a maintenu que les transactions en espèces sont courantes dans l'économie du Suriname et que les soupçons des autorités néerlandaises étaient infondés. Ceci a marqué le début d'un parcours juridique complexe devant les tribunaux néerlandais :
- 2019-2020 : Deux décisions de tribunaux de première instance ont ordonné la restitution de l'argent au Suriname
- 2021-2022 : Le ministère public néerlandais a fait appel des deux décisions devant la Cour suprême, qui a annulé les jugements
- 2024 : La Cour d'appel de La Haye a rejeté la plainte de la banque surinamaise
- 2026 : La Cour suprême confirme définitivement la saisie
La question juridique clé portait sur le point de savoir si l'implication de la Banque centrale du Suriname accordait l'immunité souveraine aux fonds. Les autorités néerlandaises ont soutenu avec succès que l'argent appartenait en réalité à trois banques commerciales – Hakrinbank, De Surinaamsche Bank et Finabank – et non à la banque centrale elle-même, et n'était donc pas protégé par l'immunité souveraine.
Preuves d'activités suspectes
Les enquêteurs ont découvert des schémas troublants dans la manière dont l'argent était introduit dans le système bancaire. Un individu a déposé 1 million d'euros en espèces en seulement deux jours sans fournir de source légitime. Les fonds avaient été déposés dans des banques et des bureaux de change qui avaient effectué une diligence raisonnable minimale sur l'origine de l'argent. Ce schéma correspondait aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d'argent qui identifient de telles transactions comme des indicateurs de risque élevé.
Impact sur l'économie du Suriname
La saisie a créé des défis économiques importants pour le Suriname, où les transactions en espèces restent prévalentes. Les banques ont fait face à des problèmes de liquidité et le dollar américain a dû être rationné. L'affaire a mis en lumière les vulnérabilités du système financier du Suriname et a suscité un examen accru de la part d'organismes internationaux comme le Groupe d'action financière (GAFI).
« Cette décision envoie un message clair que l'immunité souveraine ne peut protéger des fonds potentiellement illicites », a expliqué l'expert en criminalité financière Dr. Marcus Bsaisou, dont le rapport d'expertise a été cité dans la procédure. « Les banques centrales doivent s'assurer que leurs transactions respectent les normes internationales de lutte contre le blanchiment d'argent. »
Précédents juridiques et implications internationales
La décision de la Cour suprême établit plusieurs principes juridiques importants :
| Principe juridique | Impact |
|---|---|
| Portée de l'immunité souveraine | S'applique uniquement aux actifs des banques centrales utilisés pour des fonctions monétaires officielles |
| Propriété vs. Facilitation | La seule implication d'une banque centrale ne protège pas les fonds des banques commerciales |
| Normes de preuve | Les caractéristiques inhabituelles des espèces peuvent justifier une saisie pendant les enquêtes |
Cette décision pourrait influencer des affaires similaires dans le monde entier, en particulier dans les juridictions luttant contre la criminalité financière transnationale. Elle renforce le principe selon lequel les institutions financières doivent maintenir des contrôles robustes de lutte contre le blanchiment d'argent, même lorsqu'elles traitent de grands transferts internationaux.
FAQ : Affaire de blanchiment d'argent du Suriname
Pourquoi les 19,5 millions d'euros ont-ils été saisis ?
Les autorités néerlandaises ont saisi l'argent en 2018 en raison de multiples signaux d'alarme : un emballage inhabituel, des milliers de billets de 500 € (rares dans le commerce légitime), un acheminement suspect du Suriname vers Hong Kong via les Pays-Bas, et l'incapacité de vérifier l'origine légale des fonds.
Qu'est-ce que l'immunité souveraine en matière bancaire ?
L'immunité souveraine protège les actifs des banques centrales utilisés pour des fonctions monétaires officielles contre la saisie. Cependant, le tribunal néerlandais a statué que cette protection ne s'étend pas aux fonds des banques commerciales simplement facilités par une banque centrale.
Combien de temps a duré la bataille juridique ?
L'affaire a duré près de 8 ans, de la saisie de 2018 à la décision de la Cour suprême de février 2026, impliquant de multiples appels et renversements à travers le système judiciaire néerlandais.
Que deviennent les 19,5 millions d'euros saisis maintenant ?
Les fonds restent confisqués par les autorités néerlandaises et seront probablement confisqués par l'État, conformément aux procédures établies pour les actifs liés au blanchiment d'argent.
Comment cela affecte-t-il le système bancaire du Suriname ?
L'affaire a mis en lumière les vulnérabilités de l'économie basée sur les espèces du Suriname et pourrait inciter à des réformes pour renforcer les contrôles de lutte contre le blanchiment d'argent et réduire la dépendance aux grandes transactions en espèces.
Sources
Rapport sur les procédures de la Cour suprême néerlandaise
Analyse juridique des questions d'immunité souveraine
Évaluation nationale des risques du Suriname pour le blanchiment d'argent
Données économiques du Suriname de la Banque mondiale
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