Fonds Pertes et Dommages Opérationnel : Enjeux Politiques et Marchés

Le Fonds pour les Pertes et Dommages a été pleinement opérationnalisé lors de la COP29, marquant une avancée majeure pour la justice climatique. La phase pilote de 250 millions de dollars fait face à des critiques sur l'allocation, tandis que les engagements restent bien en deçà des besoins annuels estimés à 400 milliards de dollars.

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Une Percée Historique à la COP29 : Le Fonds Pertes et Dommages Devient Opérationnel

La communauté internationale du climat a atteint un jalon majeur avec la mise en œuvre complète du Fonds pour les Pertes et Dommages lors de la COP29 à Bakou. Après trois décennies de négociations intenses et de lobbying par les pays en développement, notamment les petits États insulaires et les nations africaines, le fonds est désormais prêt à recevoir des contributions et à financer des projets à partir de 2025. « Cela représente une avancée significative en matière de justice climatique, » déclare l'experte en politique climatique, le Dr Amina Jallow. « Pour la première fois, nous disposons d'un mécanisme dédié pour traiter les conséquences irréversibles que subissent déjà les communautés vulnérables. »

La Phase Pilote de 250 Millions de Dollars : Un Test Crucial

Le programme pilote initial de 250 millions de dollars du fonds constitue un test critique de sa capacité opérationnelle et de sa structure de gouvernance. Selon une analyse de The New Humanitarian, des questions importantes subsistent concernant les mécanismes d'allocation, la transparence et la capacité de ce financement initial à fournir un soutien significatif aux communautés touchées par des catastrophes climatiques. La phase pilote déterminera quels pays recevront une aide et si les mécanismes de distribution seront équitables et efficaces.

« Le succès ou l'échec de ce pilote de 250 millions de dollars pourrait influencer les futures allocations de financement et la crédibilité globale des efforts de financement climatique international, » note l'analyste du financement climatique Mark Thompson. Le fonds dispose actuellement de moins de 800 millions de dollars d'engagements, bien en deçà des besoins annuels estimés à 400 milliards de dollars pour les pertes et dommages dans les pays en développement, identifiés par Climate Change News.

Implications Politiques et Défis de Gouvernance

L'opérationnalisation du fonds entraîne des implications politiques majeures pour la gouvernance climatique internationale. Créé lors de la COP27 en 2022 et maintenant rendu opérationnel à la COP29, le fonds fonctionne comme un mécanisme financier de l'Accord de Paris. Cependant, comme le souligne une recherche de ORF Online, des lacunes critiques persistent, notamment le manque de définitions claires, les défis d'attribution et les questions de financement.

Le fonds se concentre sur les impacts climatiques irréversibles qui surviennent malgré les efforts d'atténuation et d'adaptation, affectant de manière disproportionnée les pays en développement vulnérables qui contribuent le moins aux émissions. « Il y a un problème fondamental de justice climatique ici, » explique le Dr Jallow. « Les pays à faible revenu supportent la plus grande vulnérabilité climatique, tandis que les pays à revenu élevé produisent la majorité des gaz à effet de serre. Le fonds doit s'attaquer à ce déséquilibre via le principe du pollueur-payeur. »

Implications pour les Marchés et l'Assurance

La création du fonds a des implications significatives pour les marchés du risque climatique et les mécanismes d'assurance. Selon le document politique du Lowy Institute, le fonds devrait se concentrer sur un financement basé sur des subventions plutôt que sur des prêts, car les solutions pour les pertes et dommages ne génèrent pas de rendements financiers. Le document recommande une collaboration avec des organisations philanthropiques pour un financement supplémentaire et l'adoption de mécanismes de marché volontaires tels que des prélèvements.

Pour les marchés de l'assurance, le fonds crée de nouvelles opportunités pour les mécanismes de transfert des risques climatiques. Les petits États insulaires en développement (PEID) sont confrontés à des défis particuliers, le changement climatique étant responsable de 39 % (41,3 milliards de dollars) des pertes économiques totales enregistrées, selon le Global Center on Adaptation. D'ici 2050, les pertes et dommages liés au climat dus aux inondations et aux tempêtes devraient atteindre 56 milliards de dollars dans les PEID dans un scénario de réchauffement de 2°C.

Préoccupations au Niveau Communautaire et Mise en Œuvre

Une controverse majeure a émergé concernant l'approche de mise en œuvre du fonds. Le Fonds des Nations Unies pour la réponse aux pertes et dommages (FRLD) a proposé de donner la priorité au soutien gouvernemental plutôt qu'à l'aide directe aux communautés pendant la phase de démarrage 2025-2026. Le plan du secrétariat se concentre sur des approches programmatiques pour les besoins à long terme, un soutien à la préparation pour les systèmes dirigés par les pays et des décaissements rapides via un soutien budgétaire direct aux gouvernements.

« Cette approche a été critiquée par les défenseurs de la justice climatique qui affirment que les communautés en première ligne, qui supportent le poids le plus lourd des impacts climatiques, ne doivent pas être mises de côté, » déclare l'organisatrice communautaire Maria Santos. Les petites subventions pour les communautés locales et les mécanismes d'assurance ne seraient envisagés qu'à la fin de la période de démarrage de deux ans, ce qui soulève des inquiétudes quant à un soutien rapide pour les plus touchés.

Perspectives Futures et Défis

Le fonds fait face à des défis considérables. Les engagements actuels de 700 millions de dollars représentent moins de 0,2 % des besoins annuels estimés entre 200 et 400 milliards de dollars d'ici 2030. Le retrait des représentants américains en mars 2025 sous l'administration Trump complique davantage les perspectives de financement. Cependant, l'opérationnalisation représente un progrès après des décennies de lobbying.

« Le succès du fonds dépendra d'une gouvernance transparente, d'une distribution équitable et d'un financement adéquat, » conclut Thompson. « C'est une étape cruciale vers la justice climatique, mais il reste beaucoup à faire pour s'assurer qu'il apporte réellement quelque chose aux communautés vulnérables dans le monde. » Alors que le fonds commence ses opérations en 2025, tous les regards seront tournés vers sa capacité à transformer un consensus politique en un soutien tangible pour ceux qui subissent les effets du climat.

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