Nouvelles taxes mondiales sur le CO2 pour les navires de croisière

L'OMI approuve des règles historiques obligeant les navires de croisière à payer pour leurs émissions de CO2, avec des taxes allant jusqu'à 380 $ par tonne. Objectif : 43 % d'émissions en moins d'ici 2035 et 10 milliards de dollars par an pour un transport maritime plus propre.

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Des règles historiques de l'OMI forcent l'industrie des croisières à payer pour la pollution

Dans une décision historique qui va transformer l'industrie mondiale des croisières, l'Organisation maritime internationale (OMI) a approuvé une nouvelle réglementation obligeant les navires de croisière et autres grands navires à payer pour leurs émissions de carbone. Les nouvelles règles, établies lors de la 83e session du Comité de la protection du milieu marin en avril 2025, constituent le premier cadre juridiquement contraignant au monde qui combine des limites d'émissions obligatoires avec une tarification des gaz à effet de serre pour un secteur industriel entier.

Le nouveau cadre réglementaire

La réglementation s'appliquera aux navires de haute mer de plus de 5 000 tonneaux de jauge brute, ce qui représente environ 85 % des émissions du transport maritime et 97 % de la flotte mondiale. Les navires de croisière, de plus en plus critiqués pour leur impact environnemental, seront particulièrement touchés par ces mesures. Le cadre comprend deux composantes clés : une norme mondiale sur les carburants obligeant les navires à réduire leur intensité en gaz à effet de serre, et une mesure économique mondiale selon laquelle les navires dépassant les limites établies doivent acheter des unités de compensation.

« C'est un tournant dans la politique environnementale maritime, » a déclaré le Dr Maria Chen, experte en droit maritime à l'Université de Londres. « Pour la première fois, nous avons un système complet qui met un prix sur les émissions du transport maritime tout en créant des incitations financières pour des technologies plus propres. »

Le Cadre Net-Zéro de l'OMI est formellement adopté en octobre 2025 et entre en vigueur en 2027. Les navires dépassant les limites d'émissions pourront être sanctionnés par des amendes allant jusqu'à 380 dollars par tonne de dioxyde de carbone émise, les règles devenant plus strictes au fil du temps. D'ici 2035, les navires devront avoir réduit leurs émissions de 43 % par rapport aux niveaux de référence.

Conséquences économiques pour les compagnies de croisière et les communautés portuaires

L'industrie des croisières, qui a connu une reprise remarquable après la pandémie avec 31,7 millions de passagers en 2023 (7 % de plus qu'en 2019), est désormais confrontée à des coûts de conformité considérables. Selon le Rapport 2024 sur l'état de l'industrie des croisières, le secteur a généré 138 milliards de dollars dans le monde et a soutenu 1,2 million d'emplois en 2022. Cette nouvelle réglementation pourrait affecter les prix des billets, la planification des itinéraires et les décisions d'investissement dans toute l'industrie.

« Les communautés portuaires dépendant du tourisme de croisière doivent se préparer à des changements, » a noté l'économiste environnemental James Wilson. « Bien que des navires plus propres améliorent la qualité de l'air local, des ajustements économiques à court terme pourraient être nécessaires pendant la transition. »

La réglementation intervient à un moment où l'industrie des croisières subit une pression croissante de la part des organisations environnementales. Le Bulletin 2024 des navires de croisière de Friends of the Earth continue de souligner les lacunes en matière de performance environnementale, tandis que des recherches d'Earth.org montrent que les 214 navires de croisière européens ont émis plus de soufre en 2022 qu'un milliard de voitures réunies.

Avantages environnementaux et sanitaires

La nouvelle réglementation vise à résoudre d'importants problèmes environnementaux et de santé publique liés aux émissions des navires de croisière. Une revue scientifique de 2021 a montré que les croisières, malgré les progrès technologiques, restent une source majeure de pollution de l'air, de l'eau et des sols, affectant les habitats et les espèces vulnérables. Les risques sanitaires touchent à la fois les passagers et l'équipage à bord, ainsi que les résidents à proximité des ports de croisière et les travailleurs des chantiers navals.

Le Fonds Net-Zéro de l'OMI, qui percevra les contributions tarifaires des émissions, devrait générer environ 10 milliards de dollars par an. Ces fonds récompenseront les navires à faibles émissions, soutiendront les pays en développement dans leur transition maritime, et financeront l'innovation et le renforcement des capacités pour des technologies de transport maritime plus propres.

Réaction de l'industrie et perspectives d'avenir

Les compagnies de croisière se préparent déjà à une réglementation plus stricte, avec 56 nouveaux navires prévus d'ici 2028 selon les rapports industriels. Beaucoup investissent dans des carburants alternatifs, des connexions à l'électricité à quai et des systèmes avancés de contrôle des émissions. La feuille de route de durabilité de CLIA Europe décrit l'engagement de l'industrie à atteindre des émissions nettes nulles d'ici 2050.

« La transition ne sera pas facile, mais elle est nécessaire pour la viabilité à long terme de notre industrie, » a remarqué la dirigeante du secteur des croisières, Sarah Johnson. « Nous observons des investissements sans précédent dans les navires propulsés au GNL, la technologie des batteries, et même la recherche sur l'hydrogène et l'ammoniac comme carburants futurs. »

Il est à noter que les États-Unis se sont retirés des négociations de l'OMI, et certains pays ont exprimé leur mécontentement face à l'accord final. Les pays participants de l'ONU doivent transposer l'accord dans leur législation nationale d'ici 2028 au plus tard, ce qui pourrait entraîner une fragmentation réglementaire.

Alors que l'industrie des croisières navigue dans ces eaux nouvelles, les passagers peuvent s'attendre à des changements dans les itinéraires, les technologies à bord et potentiellement des tarifs plus élevés si les entreprises répercutent les coûts de conformité. Les militants écologistes soutiennent cependant que le coût réel de la pollution a été externalisé trop longtemps, et que cette réglementation représente une étape cruciale vers un tourisme maritime durable.

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