Qu'est-ce que les données égocentriques et pourquoi les ouvriers indiens sont-ils filmés ?
Les ouvriers des usines textiles de Delhi sont équipés de caméras montées sur la tête qui enregistrent chaque mouvement sur la chaîne de production – non pour surveiller la productivité, comme on leur a dit initialement, mais pour collecter des données égocentriques utilisées pour former des robots humanoïdes. Ces vidéos à la première personne sont devenues une ressource cruciale pour des entreprises comme Tesla, Figure AI et Boston Dynamics, en concurrence pour développer des robots capables d'effectuer des tâches humaines. Selon des rapports de The Guardian et des analystes, l'Inde détient environ 35 à 36 % du marché mondial de l'annotation de données, dont 60 % des revenus proviennent de clients américains.
Cette pratique soulève de sérieuses préoccupations éthiques : les ouvriers ne sont pas rémunérés pour la production de ces données précieuses, beaucoup n'ont pas été pleinement informés de l'utilisation des images et craignent désormais d'être remplacés par les robots qu'ils aident à former.
Comment fonctionne la collecte de données égocentriques
Caméras montées sur la tête dans les usines et les foyers
Des start-ups comme EgoLab.AI (fondée début 2026 par deux adolescents) et Human Archive (8,2 millions de dollars de financement) mènent la collecte de données égocentriques en Inde. Les travailleurs portent des caméras RGB-D légères fixées sur des casquettes pendant qu'ils effectuent des tâches de routine : coudre, plier des vêtements, couper des légumes ou assembler des produits. Les vidéos capturent précisément ce que le travailleur voit et comment ses mains bougent, fournissant la perspective à la première personne dont les robots ont besoin pour apprendre des manipulations.
EgoLab.AI se présente comme « le plus grand agrégateur de données à la première personne de l'Inde ». Il fournit des données à Tesla, dont le PDG Elon Musk estime que 80 % de la valeur future proviendra du robot humanoïde Optimus. La start-up prévoit de rassembler 100 millions d'heures de séquences d'ici 2027.
Bas salaires, forte demande
La domination de l'Inde dans cette industrie émergente repose sur le coût et l'échelle. La collecte de données qui coûte 30 $ de l'heure aux États-Unis peut être réalisée pour moins de 5 $ en Inde. Les ouvriers du textile gagnent environ 200 $ par mois (soit 2,60 $ de l'heure) et ne reçoivent aucune compensation supplémentaire pour porter les caméras. Certains déclarent ne recevoir qu'une boisson gazeuse.
« On m'a dit que la caméra était pour vérifier ma productivité, » a déclaré un ouvrier d'une usine textile de Delhi au Guardian. « Maintenant je réalise que j'entraîne la machine qui va prendre mon travail. »
Préoccupations éthiques et absence de consentement
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