Vingt-cinq jours après la noyade de son fils Marouane, 22 ans, qui tentait de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta à la nage, Saïd de Dar Bouazza, près de Casablanca, n'a toujours pas de corps à enterrer. Le retard du rapatriement de Ceuta a transformé un deuil privé en colère publique au Maroc, alors que des dizaines de familles attendent que les autorités espagnoles et marocaines s'accordent sur les procédures d'identification et de restitution.
Que s'est-il passé lors des traversées de Ceuta en juillet 2026 ?
Depuis fin juillet 2026, environ 80 000 personnes, majoritairement de jeunes hommes, ont tenté de passer du Maroc vers Ceuta, selon la documentation de la crise migratoire de Ceuta 2026. Au moins 111 migrants sont morts, beaucoup en nageant autour des digues de Tarajal et de Benzú. Marouane en faisait partie. Son père a reçu un appel deux jours après sa mort d'un officier de la Garde civile qui avait retrouvé le téléphone et la carte d'identité de son fils, enveloppés dans du plastique pour qu'il puisse appeler à son arrivée. « Au cours de l'appel, ils ont donné une description de lui. Les vêtements qu'il portait, son bracelet, sa coiffure », se souvient Saïd.
Pourquoi le rapatriement de Ceuta est-il retardé ?
Le ministre marocain de la Justice, Abdelatif Ouahbi, a déclaré que Rabat ne peut accepter que les corps officiellement identifiés. Cela exige que les empreintes digitales relevées en Espagne correspondent aux dossiers marocains. Or, les familles affirment que le processus est bloqué. « Des procédures, des procédures et encore des procédures », a déclaré Hasna, la mère de Marouane. « En Espagne, ils ont dit qu'ils attendaient les empreintes du Maroc. Pendant ce temps, nous ne voyons rien se passer, nous continuons d'attendre. »
Obstacles d'identification et bureaucratiques
L'Institut de médecine légale et des sciences forensiques de Ceuta n'a identifié que six des 82 corps récupérés dans les premiers jours. Les morgues étant débordées, les autorités locales ont commencé à enterrer les corps non identifiés au cimetière de Sidi Embarek, chacun recevant un numéro pour une identification ultérieure. Cette décision a aggravé la douleur des familles qui suivent les rites funéraires islamiques, exigeant que les défunts soient lavés et enterrés le plus tôt possible après la mort.
Des familles prises entre le deuil et la procédure
Pour Saïd et Hasna, ces 25 jours d'attente signifient recevoir des condoléances sans funérailles. « C'est étrange de recevoir chaque jour des gens qui viennent nous présenter leurs condoléances sans qu'il y ait eu d'enterrement », a déclaré Saïd. Il a critiqué l'absence d'un représentant spécial au Maroc pour suivre leur dossier : « Comme si rien ne s'était passé, comme si les personnes décédées n'étaient pas des Marocains. » Hasna a plaidé directement : « Je ne demande pas grand-chose, seulement qu'on me rende le corps de mon fils. Pour que je puisse l'honorer et l'enterrer comme il se doit. »
Impact sur les relations Maroc-Espagne
L'impasse du rapatriement est devenue un nouveau point de friction dans la relation migratoire déjà tendue entre Rabat et Madrid. Des organisations des droits humains au Maroc, comme l'Association marocaine des droits humains (AMDH), exigent l'arrêt des enterrements, réclamant des tests ADN et le retour des corps aux familles. Elles avertissent qu'enterrer des victimes non identifiées sans notification familiale constitue une « nouvelle catastrophe humanitaire ». Avec des dizaines de familles qui cherchent encore des proches disparus via des photos sur les réseaux sociaux et des bases de données ADN, les retombées politiques et humanitaires risquent de s'aggraver.
FAQ
Combien de personnes sont mortes lors des traversées de Ceuta en juillet 2026 ?
Au moins 111 migrants sont morts depuis fin juillet 2026, les groupes de défense des droits humains estimant que le bilan pourrait être plus élevé.
Pourquoi les corps marocains ne sont-ils pas rapatriés ?
Le Maroc affirme ne pouvoir accepter que les corps officiellement identifiés, ce qui nécessite une correspondance d'empreintes digitales ou d'ADN entre les dossiers espagnols et marocains. L'identification est lente et les familles signalent peu de progrès après 25 jours.
Que dit la loi islamique sur l'enterrement ?
La tradition islamique exige que le défunt soit lavé rituellement et enterré dès que possible après la mort, ce qui rend l'attente prolongée particulièrement douloureuse pour les familles en deuil.
Comment les familles recherchent-elles leurs proches disparus ?
Les familles se rassemblent aux postes frontières, diffusent des photos sur les réseaux sociaux et fournissent des échantillons d'ADN aux autorités espagnoles. Un bureau spécial à Ceuta recueille photos, ADN et signes distinctifs.
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